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 paraffine (prongs/padfoot)

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APARECIUM : 18/06/2017
HIBOUX : 147
SANG : pureté bafoufée, le préjugé ignoré.
IDÉOLOGIE : a pendant longtemps été un membre emblématique de l'ordre ; ne suit désormais plus que son instinct destructeur et meurtrier.


MessageSujet: paraffine (prongs/padfoot)   Jeu 29 Juin 2017 - 19:32


Bancale c'est pas grave
Bancale c'est très bien
Mais tiens moi à distance de mes désirs mesquins
Je sais qu'il faut mettre ça au placard sinon c’est baisé

Qu'est-ce qu'il foutait là ?

Armé de sa honte et de sa culpabilité, James regardait les gravures de la porte en bois avec une fascination grave et presque dangereuse, la folie du désespéré perlant dans son regard. Aujourd'hui, il n'y avait presque plus de colère, presque plus de rancœur, presque plus de chagrin. Il n'y avait plus que les souvenirs de l'ancienne personne qu'il était, de l'ancienne bonne personne qu'il était et qu'il avait lui-même détruite, tuée, à qui il avait lui-même dit « va te faire foutre ». Il n'y avait plus que le poids de sa lâcheté, de ses remords, qui pesaient lourd, bien trop lourd sur ses épaules. Il avait besoin de partager ce poids. Besoin d'un peu de soutien, malgré ce qu'il avait fait, malgré ses erreurs ou ses curieuses noirceurs, malgré sa détermination face à ce Mal qu'il voulait éradiquer par des moyens bien plus mauvais encore. Qu'il se sentait faible et inutile, là, son égoïsme et ses excuses qui lui brûlaient la langue et les phalanges, devant cette porte en bois qu'il ne connaissait que trop bien. Enfin, il osa toquer. Trois grands coups qui résonnèrent dans son esprit. Qui résonnèrent, encore et encore, qui cognaient dans son cerveau comme on lui avait cogné la gueule hier, et avant-hier, et avant-avant-hier, comme les mots de la mère lui cognait le cœur, parfois. Il avait besoin qu'on le cogne, désormais, James. Il avait besoin de toute cette violence. Contre lui, contre les autres, contre le monde entier. Tant que ça faisait assez mal pour faire taire ces cris qui troublaient son sommeil, et même son éveil. Les cris de cette terrible nuit.

Qu'allait-il trouver à l'intérieur ? James appréhendait, toujours planté devant la maison de son meilleur ami. De son frère de cœur, à défaut d'être son frère de sang - ce qu'il avait sûrement dû être dans une autre vie. James et Sirius. Sirius et James. S'ils avaient formé un quatuor de l'extrême, accompagnés de Peter et Remus, du temps de Poudlard, l'amitié qui réunissait James et Sirius avait toujours été... différente. Ils étaient plus que de simples amis. Des doubles, des âmes sœurs, des alter ego. James le savait, au fond de lui, jamais il ne trouverait quelqu'un qui lui ressemblerait plus que Sirius, jamais il ne trouverait quelqu'un qui le comprendrait mieux que Sirius. Son nom de famille n'avait jamais eu aucune importance à ses yeux ; et ce n'était pas parce qu'il comptait bon nombre de Mangemorts dans sa lignée que James avait un jour eu le moindre doute sur l'affiliation du jeune Black, sur ses convictions. Lui en voulait-il, d'être parti du jour au lendemain, sans dire au revoir, sans prévenir ? Lui en voulait-il ? Cela faisait peut-être une minute ou une heure que James attendait devant la porte ; c'était comme s'il perdait la notion du temps, perdu dans sa pensine intérieure. Mais il lui semblait que cela faisait déjà assez longtemps qu'il attendait. Il entendit soudain quelque chose tomber, se briser, à l'intérieur. Froncement de sourcils. Il enfonça la poignée ; la porte s'ouvrit sans qu'il n'ait besoin de forcer.

- Sirius ? C'est... C'est moi. C'est James. Il avait le ton inquiet et un peu hésitant, redoutant la réaction de son meilleur ami, s'approchant du salon. La maison n'était pas rangée, et pire encore, c'était d'un désordre inimaginable. Parmi les affaires éparpillées sur la table à manger, il reconnut un bracelet appartenant à Lily ; son cœur rata un battement. Il lui avait lui-même offert le jour de ses dix-huit ans.

Sirius était là, installé dans le canapé en velours. Ou plutôt, avachi dans le canapé. Il avait les yeux à moitié clos ; James n'y prêta pas une grande attention au départ. Son cœur battait la chamade. C'était bon de revoir son ami. Avant même de lui laisser le temps de parler, et avant même d'analyser sa réaction face à son apparition, il prit la parole. Il avait beaucoup trop réfléchi à ce qu'il allait dire pour laisser Sirius détourner ses plans.

- Écoute, je suis désolé. S'excusa-t-il. Il avait l'impression qu'il ne faisait plus que ça. S'excuser. Il ne se rappelait même plus pour quoi, à la fin. J-J'ai merdé... J'aurais pas dû partir comme ça, sans donner de nouvelles, et puis après j'ai paniqué. Son honnêteté était désarmante. Il ne regardait qu'à peine Sirius, de peur d'être rongé par l'émotion ; pas avant qu'il ait terminé de dire ce qu'il avait à dire. Il se rappelait désormais, il se rappelait la raison pour laquelle il était venue. Mais si je viens, c'est aussi pour dire que ma décision est prise. Je ne changerai pas d'avis. J'les aurai, tous, jusqu'au dernier, j'les aurai. Il se remettait à parler comme un fou, à penser comme un fou, et un meurtrier en plus de ça. Voilà, c'est comme ça.

Pour la première fois depuis qu'il était arrivé, il croisa le regard de Sirius. Il croisa ces pupilles déchirées par la fatigue et la détresse, fendues de colère et de déprime. Ce n'était pas Sirius. Non, ce n'était pas la personne que James avait toujours connu et qu'il considérait comme son frère, qu'il admirait et aimait. Cette personne n'était plus que l'ombre d'elle-même. Il s'approcha, balaya l'endroit du regard, glissa sur des bouts de verre éparpillés au sol. En se redressant, il aperçut la bouteille. Puis l'autre bouteille, et encore une autre, et toutes les autres, sur et sous la table basse. Bordel, Sirius. A quel moment avaient-ils merdé à ce point ?

- Est-ce que tu as bu ? Et par boire, James n'entendait pas qu'un verre ou deux. Boire au sens que seuls les alcooliques pouvaient lui donner.
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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Jeu 29 Juin 2017 - 21:14



paraffine

Ses émotions l’emprisonnent, ses émotions le submergent et sous son regard égaré, troublé, les fantasmes prennent le pas sur la réalité. Parfois, c’est tout juste s’il parvient à les dissocier. Il perd pied Sirius et il le sent, mais il ne veut pas arrêter. Il ne se serait jamais cru si lâche et pourtant,  il s’abandonne. Doucement, il laisse les ténèbres l’envahirent alors que les verres s’enchaînent puis les bouteilles. La douce brulure de l’alcool qui obstrue tous ses sens, brouillant tous les contours de son champ de vision. C’est tout ce qu’il a trouvé. Il a essayé pourtant, vraiment, mais il a finit par succomber. Encore aujourd’hui, il s’efforce de tenir bon, car il le faut, mais les ténèbres ne sont jamais loin. De jour comme de nuit, il les laisse à nouveau venir, l’ensevelir. Ca l’apaise, même un instant et il aime ça. Il aime ce sentiment. Il veut ressentir ça, ce vide qui le rassure. L’alcool noie sa culpabilité, l’enfonçant dans les méandres d’un rêve obscur dans lequel il répare ses fautes. Dans sa tête, il le tue, encore et toujours. Entre ses doigts livides, il tiens fermement sa baguette, la brandissant dans la direction de ce foutu traitre. Cet ami pour lequel il aurait pu mourir il fut un temps pas si éloigné. Cet homme, cette caricature abjecte d’homme, dont la seule vue lui fait désormais l’effet d’un coup de couteau fiché dans son dos. Un traitre, une ordure, un meurtrier. Il n’est pas comme lui Sirius, il veut le croire et pourtant il en crève, il brule de le tuer, car alors peut-être qu’il se sentira mieux. Peut-être que ce poids, le poids écrasant de sa culpabilité, finira par se réduire jusqu’à disparaître. Il n’y croit pas vraiment, il ne croit pas pouvoir se débarrasser de ce sentiment qui le tire vers le sol, mais il a besoin de se persuader que la situation va finir par s’améliorer. Que ça ne sera pas que ça sa vie. Ca ne peut pas être seulement ça.

Alors il se noie Sirius, jusqu’à disparaître de la surface de ce monde, englouti par sa détresse. Une épave qui émerge à l’occasion, par un miracle divin. Il a tout foutu en l’air et il le sait. Il est détruit, bousillé et il ne le doit qu’à sa propre personne. C’est sa faute, tout ça c’est de sa faute. Il ne se permettra jamais de l’oublier et toutes les cuites du monde n’y changeront rien. Alors il se détruit sans que ça serve qui que ce soit et surtout pas lui. Pathétique. Il est ailleurs, il n’entend rien. Il n’entend pas qu’on frappe à la porte, pas plus qu’il n’entend les pas qui se rapprochent de lui. Il ne ressemble plus à rien et il le sait. Plus triste encore, il s’en fou. Son apparence, c’est le cadet de ses soucis. Il se moque de sa barbe mal rasée, de sa tignasse emmêlée et de sa silhouette amaigrie. Un instant, sans trop savoir pourquoi, ses pensées dévient sur sa mère. Cette femme odieuse qui l’a banni de son cœur sans préavis, cette femme cruelle qui serait profondément révulsée devant le tableau qu’il offre aujourd’hui. Cette pensée lui fait esquisser un sourire pâteux. Même réduit à l’état de loque, le grand adolescent rebelle persiste. Une vision fantomatique de l’homme qu’il avait l’habitude d’être avant que le monde s’effondre sous lui. Il n’est pas à son aise sur le canapé, mais il est trop saoul pour le remarquer. Son corps tout entier lui semble courbaturé, comme si sa douleur se répercutait jusque dans ses os.

« Écoute, je suis désolé. » Les traits acérés de sa mère se dissipent alors qu’une voix fiévreuse, hésitante, perce l’obscurité. Au visage de Walburga Black se substitue une vision tout aussi follement aberrante : James Potter qui le dévisage comme s’il avait faire à un fantôme, le fantôme de son meilleur ami. Une vision absurde, grotesque. James n’est pas là. James n’est plus là. James s’est tiré. Il est parti se venger. Agir. Combien de fois il a eut envie de se lancer à sa poursuite pour le seconder dans cette escapade sanglante ? Il ne saurait le dire Sirius, il ne les a pas compté. C’est Lily qui l’a retenu, mais malgré tout la tentation persiste, elle a toujours été là. « J-J'ai merdé... J'aurais pas dû partir comme ça, sans donner de nouvelles, et puis après j'ai paniqué. » Il est sonné, Sirius. Il écoute son ami, mais sa voix lui semble comme lointaine. Il délire. Forcément. Et pourtant ça semble réel. James semble réel. C’est lui. Il le sent, même si ça le dépasse. Il n’a pas la force de se relever, il est trop choqué par l’apparition de son meilleur ami pour cela. Outre la surprise, il est dans un état second, provoqué par sa consommation abusive d’alcool. Il semble presque mort Sirius, immobile, mais doucement, son regard s’éclaire. « Mais si je viens, c'est aussi pour dire que ma décision est prise. Je ne changerai pas d'avis. J'les aurai, tous, jusqu'au dernier, j'les aurai. Voilà, c'est comme ça. » Plus que les excuses bredouillées, ses mots le réveillent. La résolution de son ami a obtenir un semblant de justice pour ce qui lui a été pris l’arrache à son état d’hébétude.

Depuis le canapé où il s’est effondré à un moment ou à un autre, il dévisage son ami. James est là. James est devant lui. James est rentré, ne serait-ce que le temps d’un instant. Sirius, il est partagé. Il a envie de le frapper car il est trop bête, vraiment trop con, mais il a aussi envie de l’étreindre à lui en broyer les os. Ses émotions se mélangent jusqu’à en devenir tout bonnement indissociables. A défaut de pouvoir les démêler, Sirius reste donc planté là. Un véritable cadavre vivant, à des kilomètres du garçon fougueux que James a rencontré il y a de cela une dizaine d'années. Qu’est-ce qui leur est arrivé ? Comment ont-ils pu tomber aussi bas ? Il n’en sait rien. Une partie de lui s’en fou. Une partie de lui se fou éperdument de tout. « Est-ce que tu as bu ? » Sans qu'il sache avec précision pourquoi, ces mots dans la bouche de James le font rire. Un rire roc, brisé. Il est brisé, Sirius. Tout est cassé en lui, retourné, ravagé. Même son rire est imbibé de douleur. Il se redresse lentement, non sans lâcher un petit gémissement dans l'effort. Il a l'impression que son corps lui résiste. Il y a de la maladresse dans ses gestes, maladresse qui se substitue à sa grâce habituelle. Il a l'air d'un bambin incapable de se mettre debout. Tout son corps l'attire vers le sol, là où est sa place. « Toujours aussi perspicace. » Il se moque de lui, mais pas que. Il se moque d'eux deux. De ce qu'ils sont devenus, de ces deux garçons méconnaissables qui se font face à présent. Un sourire corne les lèvres gercées de Sirius, un sourire dans lequel on retrouve un soupçon d'insolence. Le souvenir du garçon qu'il était, le garçon que James se connait. Ce garçon qui se dilue peu à peu dans l'air. Et puis, tout d'un coup, il tend la main dans un geste étonnamment réactif, presque brusque. Il attrape le poignet de James et le serre. La trace de ses doigts va s'imprimer dans sa chair, mais il ne s'en préoccupe pas. Il serre le poignet de son ami, s'assurant de ce fait qu'il est bien là, que ce n'est pas juste une autre divagation de son esprit tourmenté. « Pourquoi maintenant ? Pourquoi tu reviens maintenant ? » Il ne le lâche pas, il n'y arrive pas. Il est mortifié, mortifié à l'idée de le voir disparaître dans l'obscurité à la seconde où il le laissera filer.

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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Jeu 29 Juin 2017 - 23:16


Bancale c'est pas grave
Bancale c'est très bien
Mais tiens moi à distance de mes désirs mesquins
Je sais qu'il faut mettre ça au placard sinon c’est baisé

James se souvenait encore de sa première rencontre avec Sirius, en première année, dès l'entrée dans le Poudlard express. Le destin semblait les avoir menés dans le même compartiment, des présentations lancées à la volée tout en mâchouillant déjà des bonbons qu'on leur avait interdit d'acheter, alors que Sirius évitait méticuleusement et avec une arrogance certaine les fréquentations que ses parents lui avaient conseillé de rencontrer. L'intrus parmi les démons, pas un ange pour autant. Mais au moins celui de James, assurant toujours ses arrières une fois la majorité atteinte et les postes d'aurors obtenus. Sirius avait toujours été là, toujours. Alors pourquoi James ne l'était-il pas ? Pourquoi, parce que son nom était Potter et que dans leurs idées, il avait peut-être plus de valeur ou d'honnêteté que celui des Black, lui n'était-il pas toujours là ? Pourquoi, parce qu'il venait de perdre son père et son fils, pouvait-il se permettre de l'abandonner, le laissant seul ? Sirius avait bien perdu toute sa famille avant même de la trouver, d'ailleurs. Cela n'avait pas fait de lui un lâche, un peureux. Le chagrin et la douleur n'avaient pas fait de lui un traitre, un déserteur. Sirius valait mieux que lui, et même dans cet état. C'était certain. Il valait mieux que lui. Pas étonnant que Lily l'ait rejoint. Et s'il se passait quelque chose entre eux ? A cette idée, James ne ressentit même pas la moindre colère. Désabusé, désenchanté. Il lui semblait avoir tout perdu, sans vraiment se rendre compte que ce qui lui restait, il l'effleurait du bout des doigts. Il n'avait qu'à tendre la main, dans un ultime geste humble et généreux, pour l'attraper et le garder à tout jamais. Malheureusement, un voile d'orgueil, de haine et d'égoïsme semblait lui voiler ces étoiles qui venaient encore, un peu, éclaircir le sombre tableau de son avenir.

Sirius fut pris d'un rire sinistre. De toutes ces années qu'ils se connaissaient, James n'avait jamais vu Sirius dans cet état-là. Aussi... bourré, très clairement. Perdu. Aussi usé. Il n'avait jamais vu une telle panique mystique dans son regard, une telle attente qu'il noyait dans l'oubli et dans les bouteilles aussi. Pourtant, il leur était arrivé de boire. De beaucoup boire. De boire à en mourir de manière joyeuse, de boire à en vivre comme jamais personne ne leur avait dit qu'il fallait vivre ; de boire à en rire, mais à en rire, jusqu'à s'en tordre les boyaux, s'en cracher les boyaux. C'était boire pour jouer, pour crier, pour courir et pour aimer, aimer, aimer. Et quand ils buvaient ils s'aimaient fort, tellement fort que ça faisait mal au palais, mal à l'estomac, mal à l'âme alors ça sortait et ils se le disaient des fois, qu'ils s'aimaient. Et ces moments-là, James ne les oublierait jamais. Jamais. Est-ce que Sirius l'aimait encore aujourd'hui, même après Harry, après le whisky ?

Une plaisanterie et James ne sait plus où se mettre, quoi dire. C'était la folie qu'on lisait sur le visage de Sirius et ça lui faisait presque peur, à James, toute ces curiosités sur les traits de son ami. Sa voix était rauque, nauséabonde. L'alcool trop fort, trop dur, venait chatouiller les narines de James. Et soudain, Sirius fit un mouvement brusque. Réflexe vif, mais pas assez de la part de James. Sirius lui broyait déjà le poignet. C'était encore la folie de l'alcoolique qui frappait. Il voulait savoir. Il avait le droit de savoir. James ne forçait pas pour se détacher ; ce serait fuir, encore une fois. Il devait lui faire face désormais. Et pourtant, c'était comme s'il perdait toute confiance face à Sirius, son ami, son meilleur ami. Comme s'il n'était plus qu'un étranger à ses yeux, qu'ils ne se reconnaissaient plus.

- J'sais pas, Sirius, j'sais pas...
Murmura-t-il en baissant la tête. Est-ce que je suis vraiment revenu ? Demanda-t-il ensuite, se détachant petit à petit de la poigne de son ami qui semblait crispé, physiquement atteint. Sirius avait perdu des forces, ça se voyait. Il ne prenait plus soin de lui comme il le faisait avant. Négligé. Désordonné. Quelque chose en lui s'était éteint. Quand mon père est mort, j'ai senti que quelque chose changeait en moi. J'arrivais à luter contre ça. Et puis ils sont venus prendre Harry et j'ai pété les plombs tu vois, j'y arrive pas à gérer tous ces sentiments-là moi. C'est comme si... comme s'il avait fallu que j'en choisisse qu'un seul, et que j'avais choisi le mauvais.

La colère. James n'était plus que colère. Il aurait pu choisir la tristesse, l'amour, la honte. Mais la colère s'était imposée, et le compte à rebours était lancé avant qu'elle n'explose et qu'elle détruite James. Ce n'était plus qu'une question de temps. Il s'assit en face de Sirius, sur un fauteuil, et apporta la première bouteille qu'il trouva à ses lèvres. Putain, lui aussi avait besoin de ça. Et si Sirius avait raison ? Et si ça soulageait ? Et si ça faisait taire, tout taire ? Il grimaça quand l'alcool lui brûla la gorge. Nouvelle gorgée.

- Je sais que t'y arrives pas toi non plus, regarde toi mec. Déclara-t-il en riant. En riant de leur misère, riant de leur déchéance. Il riait et il savait, il savait que Sirius ne pouvait pas nier ce qu'il venait de dire, que lui non plus n'y arrivait pas, mais qu'il arrivait simplement à luter un petit peu plus longtemps que lui. Il craquerait, et au fond, c'était un peu ce que James, égoïstement et cruellement, attendait. Il s'enfila quatre nouvelles gorgées et secoua la tête. A nouveau, il rit, avant de reprendre un air plus grave. Viens les buter avec moi, Sirius.
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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Ven 30 Juin 2017 - 13:50



paraffine

Sa prise se resserre autour du poignet de son meilleur ami alors qu’il le dévisage de ce regard vide, dépouillé de vie et tout bonnement effrayant. Il a l’air d’un fantôme Sirius. Brisé, détruit. Il s’accroche à James car il a besoin de s’accrocher à quelque chose. Car il a besoin de lui. Même s’il est en colère, même s’il aimerait lui crier dessus pour l’avoir abandonné comme ça. Le manque créé par l’absence de son meilleur ami surmonte un instant la colère qu’il éprouve. Ce n’est pas tant que la présence de James l’apaise. Il doute de pouvoir seulement se sentir à nouveau apaisé un jour. Non, c’est un sentiment différent. La proximité de son ami le réveille un peu. C’est comme une claque dans sa figure, une vue qui fait remonter en lui un nouveau tumulte d'émotions. James est là et tout ce que Sirius sait c’est qu’il ne veut pas qu’il parte. Pas encore, pas sans rien dire. Pas en le laissant là, en plan. Plus jamais.

« J'sais pas, Sirius, j'sais pas... » Des murmures qui lui font froncer les sourcils. « Est-ce que je suis vraiment revenu ? » C’est effectivement une bonne question. Redeviendront-ils jamais les personnes qu'ils étaient avant tout cela ? Ils avaient l’air de deux étrangers tous les deux, deux hommes aux antipodes de ceux qu’ils avaient laissés sur les bancs du collège Poudlard. Il semblait déjà à Sirius que leur rencontre remontait à une toute autre vie. Quelques semaines tout au plus s’étaient écoulées depuis la mort tragique Harry et cette poignée de jours avait pour lui des airs d’éternité. Il est bien simple de s’écrouler et largement plus difficile de se relever par la suite. Sirius s’était laissé tombé. La chute avait été rapide et conséquente et encore aujourd’hui, elle se poursuivait. Il sombrait encore et encore, emporté un peu plus chaque jour dans la profondeur des ténèbres agglutinées autour de lui. Il avait lâché prise et cela se voyait. Tout dans son apparence l’indiquait. En comparaison, James lui semblait follement vivant. Il s’exprimait comme un fou, mais au moins, il vivait, il respirait encore. La poigne de Sirius se desserra au fur et à mesure, ses forces s’amenuisant rapidement. Outre les effets de l’alcool, il ne s’alimentait plus beaucoup, peinant à trouver l’envie d’avaler quoi que ce soit. S’il avait toujours été fin de nature, il s’était considérablement amaigri et n’était plus qu’une silhouette décharnée aux yeux vides, un portrait délavé tout en noir et blanc. « Quand mon père est mort, j'ai senti que quelque chose changeait en moi. J'arrivais à luter contre ça. Et puis ils sont venus prendre Harry et j'ai pété les plombs tu vois, j'y arrive pas à gérer tous ces sentiments-là moi. C'est comme si... comme s'il avait fallu que j'en choisisse qu'un seul, et que j'avais choisi le mauvais. »

Sirius n’eut aucune difficulté à identifier l’émotion en question. La colère. Une colère sourde, tonitruante. Une émotion vorace, malsaine, qui rongeait désormais James et qui lui conférait l’énergie de se lever chaque jour. C’est cette rage profonde et viscérale qui donnait à sa vie bousillée un sens. Cette colère, Sirius la connaissait bien. Il l’entendait lui aussi, à chaque instant de chaque jour. Elle grondait en lui, tordant ses entrailles, le mettant à l’agonie. L’alcool, c’était la solution somme toute très contestable qu’il avait trouvé pour étouffer ce sentiment. Il luttait encore Sirius, même si tout dans son apparence indiquait qu’il avait déjà perdu. Il combattait encore et toujours dans une guerre qui était en train de le tuer de l’intérieur.

James, qui s’était libéré de sa poigne, pris place dans un fauteuil en face de lui et Sirius demeura immobile, à le dévisager de son regard à la fois terne et dérangeant. Il décortiqua en silence les mouvements de son meilleur ami alors qu’il se saisissait d’une bouteille. Une gorgée. Puis une autre. Il y en avait toujours une autre. « Je sais que t'y arrives pas toi non plus, regarde toi mec. » Il riait en disant cela et Sirius souriait lui aussi. C’était bon de rire, même dans une situation aussi désespérante. Il y avait quelque chose d'agréable dans le fait de se moquer de soi-même. Ils avaient l’air d’épaves, tous les deux et au moins avaient-ils le mérite de le reconnaître. Ils ne tenaient pas le coup. Ils avaient été touchés, brisés, malmenés par une vie qui persistait à les terrasser. Sirius n’allait pas démentir les propos de son ami. Il était parfaitement conscient du caractère pitoyable de son existence. Un homme laissé à l’état de loque. C’était ce qu’il était devenu. Le rire de James résonne à nouveau, bruit du passé tordu par la douleur et le ressentiment. Quand l’éclat de joie s’évanouit, l’expression dessinée sur le visage du brun se fit plus sérieuse. « Viens les buter avec moi, Sirius. » A ces mots, Sirius relève la tête d’un mouvement vif. Viens avec moi. Il aurait aimé qu’il lui dise ça avant de se tirer. Oui, il avait eut envie d’entendre ces mots dans sa bouche et c’était encore le cas aujourd’hui. Une partie de lui n’aspirait qu’à cela : suivre James dans son épopée sanglante, laisser libre cours à la colère qu’il retenait depuis déjà bien trop longtemps. Lorsqu’il rouvrit la bouche néanmoins, sa voix n’était plus pâteuse mais glaciale, aussi coupant qu’un éclat de verre. Une voix dans laquelle l’agonie lente avait laissé place à une rage trop longtemps refoulée. « Je veux le tuer lui. Ce salaud. Je veux voir la peur dans ses yeux, ses yeux de rats, quand je lui porterais le coup fatal. Je veux qu’il le sente, ce que ça fait, je veux qu’il paye pour tout ça. Je ne peux pas vivre dans un monde où il respire. Je ne peux pas. » La simple pensée de Peter Pettigrow, sillonnant l’Angleterre sorcière, lui filait la nausée. Il n’avait pas le droit de vivre. Plus maintenant. Il ne méritait qu’une mort lente, une mort dont Sirius espérait qu’elle parviendrait à alléger la culpabilité qui l’étouffait. Oui, il n’aspirait qu’à cela. Il n’aspirait qu’à la colère. Il n’aspirait qu’au sang vermeil, il n’aspirait qu’aux cris et à la douleur. Tout son corps décharné brûlait de disparaître dans la nuit noire sur les traces de James pour se lancer avec lui dans une quête violente.

Il avait envie de partir sans se retourner. Il en avait envie. Il en avait tellement envie. Alors que ce désir grossissant menaçait de prendre le dessus, un visage lui apparu. Il ne s’agissait pas de celui de sa mère cette fois-ci, ni de celui de James. Les traits qui se révélèrent à lui furent ceux de Lily. Lily que James avait courtisé durant des années avant qu’ils ne se mettent enfin ensemble. Lily et ses grands yeux verts larmoyants, devenus partie intégrante de son monde depuis son emménagement chez lui. Lily qui avait pleuré Harry, mais pas que. Lily qui avait aussi pleuré James. Lily dont il tâchait de prendre soin, Lily qui avait besoin de lui. D'eux. « Lily. » Le prénom lui échappa. Consonance douce dans un monde devenu amer. « Elle a besoin de moi. Et de toi aussi. » Car c’était là la raison de leur rapprochement, à Evans et lui. Ils n’avaient jamais été proches avant le départ de James. C’était le manque de ce dernier qui les avait attirés l’un vers l’autre. Sirius savait que, quand il serrait Lily contre lui pour l’aider à trouver le sommeil, elle fermait les yeux en tâchant de s’imaginer que les bras qui l’entouraient n'étaient autres que ceux de James. C’était ce que Sirius représentait pour elle, un soutien dans un monde à la dérive. Le sentiment était réciproque. « Je ne peux pas la laisser, pas encore. » Pas alors que lui l'a déjà fait. Il ne peut pas lui imposer ça à nouveau, non. « Comment t’as pu lui faire ça, James ? » Comment t'as pu nous faire ça ? Il n'était pas rare qu'ils fassent des trucs stupides, tous les deux. A vrai dire, cela avait même été plus ou moins leur marque de fabrique durant toutes ces années passées à Poudlard. Leurs vies étaient différentes alors. Le monde lui même était différent. Ils étaient des gosses, des gamins, prisonniers de la douce captivité que représente l'adolescence. Des êtres insouciants, alimentés par une joie vorace. La jeunesse délirante, fougueuse et insolante. Qu'est-ce que ça lui manquait. Qu'est-ce que James lui manquait. Il ne pouvait pas retrouver ça cependant. Ils n'étaient plus des gosses et il leur fallait l'accepter. « Toi et moi contre le reste du monde, c'est plus possible aujourd'hui, pas comme ça. On ne peut pas l'abandonner et tu le sais. Je ne devrais même pas avoir à te l'expliquer. » Car tu l'aimes, bordel ! James aimait Lily. Il l'aimait depuis des années, depuis l'époque où tout indiquait que ce n'était clairement pas réciproque. Sirius se revoyait encore, levant les yeux au ciel alors que son meilleur ami abordait le désastre de sa vie sentimentale. Cela lui manquait presque à présent. Il avait envie d'entendre que James aimait toujours Lily. Que si la colère dominait désormais son existence, il n'en restait pas moins le garçon qu'il connaissait et aimait. Que James Potter était toujours là, sous cette carapace de haine. Il voulait y croire car, si James avait survécu, peut-être qu'il en allait de même pour lui.

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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Dim 2 Juil 2017 - 20:29


Bancale c'est pas grave
Bancale c'est très bien
Mais tiens moi à distance de mes désirs mesquins
Je sais qu'il faut mettre ça au placard sinon c’est baisé

James l'avait senti. Il avait senti la colère et la haine chez Sirius aussi. Après tout, il le le considérait pas comme son frère pour rien. Et lorsque le Black releva le regard, les pupilles embuées par l'alcool, et le planta dans celui de James avec une force et une puissance, ce dernier sentit son estomac se retourner. C'était comme si Sirius s'envolait, disparaissait. Et que le Diable s'emparait de son âme, capturant son sang-froid et sa gueule de bois, noircissant d'une lueur glaciale ses iris déjà sombres. Le ton était froid, tranchant. Il aurait la peau de Peter. Et rien ne pouvait faire plus plaisir à James, qui sentaient ses tripes se tordre, ses neurones s'agiter, ses pulsions se répandre dans tout son corps, dans une torture exquise qui lui apportait toute cette adrénaline dont il avait besoin, qui alimentait toute cette violence dont il avait peut-être davantage encore besoin. Le calme avant la tempête. Peut-être était-ce simplement l'inverse, pour James. Les derniers mots de Sirius n'étaient plus que des murmures, comme des promesses et James s'en mordait les doigts. Combien de fois avait-il imaginé la mort de Pettigrew ? Parfois, et de plus en plus, cette divine pensée remplaçait les cauchemars, et c'était lorsque l'insomnie du meurtrier imaginaire le prenait qu'il se rendait compte de son état, qu'il se rendait compte à quel point il était tombé si bas ; la trahison avait entrainé une déception si forte, des conséquences si graves et si irréversibles, que James en venait à rêver de mort. Et plus encore, cette mise à mort s'était affinée avec le temps. Il l'avait construite, programmée, en avait imaginé les moindres détails. S'était alors ajoutée la souffrance. La douleur. La torture. Il voulait qu'il hurle et il voulait l'entendre le supplier ; le faire souffrir comme il souffrait, comme Lily souffrait, comme Sirius souffrait, comme tous les malheureux de cette planète pouvaient souffrir. Il voulait en faire un martyr, un Atlas qui devrait porter sur ses frêles épaules le poids du monde, la misère du monde. Il voulait qu'il paye pour ce qu'il avait fait comme pour ce qu'il n'avait pas fait ; il voulait qu'il paye pour toutes les horreurs de la terre. Qu'il paye pour ce qu'il ne méritait pas. James voulait que Peter Pettigrew, son ancien ami, son ancien frère, le regarde dans les yeux une dernière fois et qu'il pense, qu'il admette qu'il avait eu tord, qu'il avait fait le mauvais choix, et au delà de ça, le pire choix. Que le danger n'était peut-être pas dans le camp adversaire comme il l'avait pensé, mais bien à ses côtés, couvrant ses arrières. La plus grande erreur de Pettigrew avait peut-être été de sous-estimer le pouvoir que pouvait avoir la déception, la trahison, chez James. Et chez Sirius. Peut-être même plus encore.

Et puis vint, après le sujet qui fâche, le sujet qui blesse. Celui qui faisait douter James. Qui le rendait vulnérable, même dans cette colère, même dans cette carapace de haine et d'amertume.

- Lily. Déclara Sirius, débordant de tristesse, et presque de regret, de déception. James comprit. Elle était le fil qui le tenait encore rattaché à la réalité. Le dernier fil, certes mince et incertain, qui tenait encore chez Sirius, là où il avait été brisé, déchiqueté en mille morceaux, chez James. Et pourtant, James le savait, Sirius le savait, l'amour que Potter portait à Lily était incomparable face à l'amitié naissante qui rapprochait Sirius de la rousse. Pourquoi s'était-il alors montré si lâche ?
- Lily... Un souffle, un serment, comme s'il espérait que d'où elle était, elle pouvait l'entendre. Elle lui manquait. Terriblement. Il s'en rendait compte sinistrement en prononçant son nom. C'était comme s'il avait oublié à quel point ça sonnait bien, à quel point c'était beau, "Lily". A quel point il l'aimait, Lily. L'ascenseur sentimental. Les montagnes russes. L'amour après la colère. Les remords après la passion, le poison.

Sirius s'était attaché à elle, James le sentait. Ils s'étaient toujours entendu, surtout depuis le mariage, mais n'avaient jamais été confidents. Au fond, James était heureux que Sirius ait tenu, qu'il n'ait pas craqué comme lui, pour elle. Mais il savait très bien qu'il devrait être à sa place. Qu'il était son mari. Qu'elle avait besoin de ses bras, sûrement autant que lui avait besoin de sa vengeance. L'égoïsme l'avait emporté. Malgré lui, malgré Lily. Sirius avait raison. Il avait terriblement raison et il lui en voulait. James avait terminé la bouteille de whisky désormais. Il en trouva une autre, les yeux vacillants, sur le côté de la table. Depuis combien de temps n'avait-il pas bu autant d'alcool, avec Sirius ? Il lui avait toujours semblé que leurs moments heureux, festifs et joyeux, avaient un gout d'éternité, que leur amitié avait un gout de deux ou trois éternités, mais aujourd'hui, il avait l'impression que tout cela était fané, oublié. Interdit dans un climat comme celui-ci.

- Comment t'as pu lui faire ça, James ? Demanda Sirius et James sentait du dégout et de la déception dans sa voix. Ça le piquait à vif mais il n'avait pas le droit, pas après ce qu'il avait fait, de ressentir la moindre colère contre Sirius. Ce n'était plus sa place.
- C'était con, trop con... Tu m'connais Sirius, je fais des trucs comme ça des fois, des trucs vraiment trop cons. Ça s'explique pas et maintenant j'ai plus que mes mots et mes promesses pour me sortir de cette merde. Soupira James en s'affalant davantage dans le canapé. L'alcool lui donnait presque la nausée. D'un côté, il avait besoin de cet état d'ivresse pour tout déballer, dire la vérité il le jurait. Il avait besoin de se lâcher. Il savait que les choses auraient pu se passer autrement. S'il n'était pas partie comme un lâche, poussé par la peur et la colère, s'il avait préféré la diplomatie et la discussion, peut-être qu'il ne serait pas dans une situation si délicate. Mais c'était James. James l'imprévisible. James l'instinctif. Avant j'avais toi. Déclara-t-il enfin, relevant la tête, et ça sonnait comme un excuse, sincère et brûlante.

Sirius lui infligea une dernière reproche. Ça ne lui faisait même plus mal ; l'alcool semblait inhiber toute douleur, et ça faisait du bien, tellement de bien. Il avait la gorge en feu et l'estomac noué. Il paraissait même qu'il oubliait sa croisade personnelle contre les Mangemorts. Oubliée la colère ; ne restait plus que l'ébriété, et l'amitié.

- Je peux pas la garder près de moi, ça la tuerait tout ça... Et j'peux pas arrêter, faire comme si rien ne s'était passé alors je sais qu'ils continueront, qu'ils arrêteront jamais, qu'ils tueront encore et encore des innocents... Comme ils ont tué Harry et mon père. Ça n'peut pas se passer comme ça. S'énervait-il en se prenant la tête entre les mains. Tout tournait dans la pièce. Quelques injures passèrent la barrière de ses lèvres. Y a forcément une solution... Doit y avoir une solution. Et elle me pardonnera, hein, de toutes mes conneries ? Parce que je l'aime et que c'est ça le plus important au fond, non ? Que je l'aime.
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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Lun 3 Juil 2017 - 12:53



paraffine

Dès l’instant où il lui avait adressé la parole pour la première fois, Sirius avait senti une forme de connexion s’établir entre James et lui. Cela n’avait rien d’un lien particulièrement mystique et il n’aurait guère été jusqu’à dire qu’il avait sut dans la seconde que sa vie allait s’allier à la sienne à jamais,  mais toujours était-il que le feeling était directement passé entre deux. Alors que les préjugés auraient pu les séparer, alors que leurs éducations n’auraient pas pu être plus différentes l’une de l’autre, ils s’étaient trouvés. Ils s’étaient trouvés pour ne plus jamais se lâcher. Même encore aujourd’hui, même alors que la douleur trouait le cœur de Sirius. Même quand James était parti. Ils n’étaient plus que des versions fantomatiques, étrangères, d’eux-mêmes, mais il le sentait quand même, Sirius. Il parvenait encore à le tâter, ce lien qui l’unissait à James. Si fort qu’il en devenait palpable, si puissant qu’il n’aurait guère été surpris de le voir apparaître physiquement parlant. Il avait trouvé en James un allié, un frère dont il ne partageait pas le sang. Il ne l’en avait sans doute que plus aimé encore. Avant de rencontrer James à bord du Poudlard Express à l’âge de onze ans, Sirius avait en quelque sorte grandit dans une cage. Une cage dorée et finement ouvragée, mais qui ne l’avait pas moins gardé prisonnier. Son univers se réduisait alors à ses parents, à cette noble famille Black au sein de laquelle il s’était vite senti comme un total étranger. James avait été son ouverture sur le monde. Encore aujourd’hui, c’était ce qu’il représentait pour lui. Une liberté sourde, aveuglante, tonitruante. La liberté de vivre tel qu’il l’entendait, d’aimer, de rire, de souffrir, sans modération quelconque. Son existence avait véritablement démarré à partir de sa rencontre avec lui et encore aujourd’hui, alors qu’il baignait dans un océan de souffrance, James le ramenait à sa façon à la vie.

Tout son corps lui intimait de le suivre. Ne l’avait-il pas toujours fait ? Cela avait toujours été James et lui, lui et James. Le duo infernal. Il ne désirait que cela. Lui emboiter le pas comme il l’avait fait durant toutes ces années. Rien ne lui apparaissait plus naturel. Leur tristesse comme leur colère se faisaient échos, s’alimentant l’une l’autre. Ils étaient sur la même longueur d’ondes. Comme toujours. Ils aspiraient à même chose : à une vengeance dont ils espéraient sans doute un peu naïvement qu’elle les apaiserait d’une manière ou d’une autre. Il le lisait dans le regard de James alors qu’il crachait sa rage contre leur ancien allié, ce traitre en lequel ils avaient tous deux eut la bêtise de voir un ami. James éprouvait la même chose. Il rêvait aussi du corps sans vie de Peter. Lui aussi brûlait de voir la vie le déserter, lentement, dans une délicieuse agonie. Ils avaient besoin de ça, de cette maigre consolation. Verser le sang, provoquer la mort. Rendre les coups qu’ils avaient reçus. Ils ne pouvaient pas laisser Peter s’en tirer, ils ne pouvaient tout simplement pas. Il était lâche, ce rat et sans doute qu’il allait finir par le payer du côté du clan adverse qu’il avait eut l’infâme idiotie de rejoindre. Même leurs ennemis ne pouvaient accorder une quelconque valeur à un être aussi faible et misérable. Cela ne suffisait pas à Sirius cependant. Il ne voulait pas apprendre un jour que Peter avait perdu la vie de la main des forces obscures. Ce n’était pas au seigneur des ténèbres de mettre un terme à sa lamentable existence et ce privilège ne pouvait guère non plus revenir à l’un de ses sbires. Ce devait être eux. James, lui, Lily, Remus. Les personnes que Peter avait trahies. Les êtres de chair et de sang qu’il avait aimé à un moment ou à un autre et contre lesquels il avait choisi de se retourner, ruinant leurs existences dans le processus. Sirius brûlait de répandre sa propre justice. Il en avait besoin. Cela en devenait vital.

Une ombre cependant l’empêchait de prendre la fuite au côté de James. Lily. Lily dont il prononça le prénom que répéta ensuite James, l’air sonné par cette allusion. Ils parlaient là de sa femme. La mère de l’enfant qu’il avait perdu. Lily Evans qu’il n’avait eu de cesse de courtiser tout au long de leur scolarité à Poudlard. Lily qui n’avait jamais cessé de l’aimer malgré sa trahison, Lily dont Sirius savait que James l’aimait toujours. Cela était aussi visible que toute la colère accumulée dans son regard, émotion vorace temporairement voilée par l’alcool. Les derniers évènements n’y avaient rien changé, l’amour perdurait ces deux-là et Sirius en éprouva un soulagement certain. Au moins un bout de James qui avait survécu, quelque chose à quoi se raccrocher. Sirius n’éprouvait aucune satisfaction à juger sur son ami sur ses propres choix, d’autant plus qu’il ne se sentait pas particulièrement bien placé pour cela. Comme James, il avait lui aussi enchaîné les décisions stupides. Si, à l’inverse de son meilleur ami, il était parvenu à refréner sa soif de vengeance, c’était de la manière forte, en se tournant vers d’autres démons. L’alcool souillait ce fameux sang pur auquel il n’avait jamais accordé la moindre valeur, imprégnant son âme, l’attirant chaque jour un plus sur le fond. Il avait le mérite d’être resté, bien sûr, mais il n’en restait pas moins un être faible, lâche. Et il en avait honte. « C'était con, trop con... Tu m'connais Sirius, je fais des trucs comme ça des fois, des trucs vraiment trop cons. Ça s'explique pas et maintenant j'ai plus que mes mots et mes promesses pour me sortir de cette merde. » Bien sûr qu’il le connaissait. Il le connaissait par cœur. Parfois, il se demandait même s’il ne le connaissait pas mieux qu’il ne se connaissait lui même. Et il le comprenait. Sirius le comprenait vraiment. Malgré sa rancune, il comprenait la fuite de James. Il comprenait ce besoin de faire justice à sa façon. Il comprenait car c’était aussi ce qu’il voulait. Non, il ne lui reprochait pas d’être parti, mais il se sentait presque obligé de le rappeler à ses obligations envers Lily. Ils ne pouvaient pas se permettre d’être égoïstes, pas envers elle. Même si Sirius brûlait de se laisser aller à la vengeance sanglante que son meilleur ami lui apportait sur un plateau, il ne pouvait se résoudre à laisser derrière lui la jeune femme et il aurait apprécié que James n'en pense pas moins.

James qui à son tour se reposait sur l’alcool, descendant le contenu des bouteilles, trouvant dans ce breuvage la force d’ouvrir la bouche pour prononcer ses paroles brulantes que Sirius accueillaient tant bien que mal. Si Sirius fermait les yeux, là, tout de suite, il pouvait presque se convaincre qu’ils étaient de retour dans leur dortoir à Poudlard, protégés des regards indiscrets par les rideaux rouges et dorés de leurs lits à baldaquin. Qu’est-ce que ça lui semblait loin. « Avant j’avais toi. » Ca sonnait comme une excuse dans la bouche de James mais, sans pouvoir s'expliquer pourquoi avec précision, Sirius s’en sentit offensé. C'était sans doute l’alcool qui le rendait excessivement irritable, mais il exécrait d’entendre ainsi James parler au passé. Avant j’avais toi. Une formulation absurde. James ne l’avait jamais perdu. Même dans la tourmente, ses pensées l’avaient toujours accompagné. Il crevait d’envie de le lui dire, de le secouer comme un prunier pour lui faire comprendre qu’il n’était pas seul, qu’il ne l’avait jamais été et qu’il ne le serait jamais, pas tant que Sirius vivrait. Il voulait implanter de force cette vérité dans le crâne de James, cette vérité qu’il avait sut et qu’une part de lui remettait aujourd’hui en question. Il ne fit rien cependant. Sirius demeura assis à observer son ami, le cœur lourd. Il avait cessé de boire, obnubilé par la présence de James qui buvait pour deux. Ainsi occupé à se saouler, il semblait redevenir un plus lui même. L’alcool enfouissait sa colère, anesthésiant ses sens. James était en train de goûter à la médecine de Sirius. Un spectacle aussi familier que pathétique, mais, là encore, le Black déchu était bien le dernier à pouvoir émettre un jugement.

« Je peux pas la garder près de moi, ça la tuerait tout ça... Et j'peux pas arrêter, faire comme si rien ne s'était passé alors je sais qu'ils continueront, qu'ils arrêteront jamais, qu'ils tueront encore et encore des innocents... Comme ils ont tué Harry et mon père. Ça n'peut pas se passer comme ça. » A l’allusion des deux décès, le regard de Sirius se voila à nouveau. Fleamont Potter avait toujours été plus un père pour Sirius que celui qui pouvait réellement prétendre à ce titre. Alors qu’Orion et lui n’avaient jamais établis la moindre forme de complicité, le père de James s’était toujours montré patient et paternel envers lui, concédant même à l’accueillir chez lui après qu’il ai pris la fuite à l’âge de seize ans. C’était un brave homme, au cœur aussi pur que ce foutu sang dont la famille Black était si fière. Un être inestimable qui n’aurait jamais dut partir. Pas si tôt. Pas comme ça. Et si le décès de Fleamont était déjà une tragédie en soit, celui d’Harry crevait carrément le plafond sur ce plan là. Du petit garçon parti beaucoup trop vite, Sirius garderait toujours l’image du minuscule bébé qu’il était quelques instants après sa venue au monde, ce petit garçon qu'il avait tenu contre son coeur quand James l’avait installé dans ses bras, insistant pour que son parrain le porte. Cela avait été un moment de panique totale (Sirius était alors mortifié à l’idée de mal s’y prendre, persuadé qu'il finirait inévitablement par le faire tomber), mais aussi de plénitude. Un sentiment de joie intense dont Sirius ignorait désormais totalement s’il en connaîtrait d’autres. Il n’avait pas sut protéger Harry. Aucun d’eux n’avait pu le faire. Un bébé vulnérable, un petit être joyeux et innocent, fauché avant même d’avoir pu réellement goûter aux joies d’une existence. A la pensée de ces pertes, Sirius éprouva un besoin furieux de boire et attrapa une bouteille dans un geste saccadé. Il plaqua le goulot contre ces lèvres et descendit une petite gorgée, puis une autre. Par ces gestes, il voulait repousser ces images, même le temps d’un instant. Il voulu interroger James sur sa mère, mais ne trouva pas en lui la force pour cela. Il estimait Euphemia autant que son défunt époux et ne se sentait pas le cœur de se voir dépeindre sa peine. Alors que Sirius n’était que douleur vorace et amère, la colère dominait à nouveau chez James. Il avait pris sa tête entre ses mains, lâchant un chapelet de jurons par la même occasion. « Y a forcément une solution... Doit y avoir une solution. Et elle me pardonnera, hein, de toutes mes conneries ? Parce que je l'aime et que c'est ça le plus important au fond, non ? Que je l'aime. » Il l’aimait, alors non, tout n’était pas perdu. Il l’aimait. Sirius tâcha de s’accrocher à cela.

Dans le ton emprunté par James, Sirius sentait que son ami avait besoin d’être rassuré, besoin d’entendre qu’il n’avait pas tout foutu en l’air en partant, qu’il n’avait pas perdu Lily dans la mêlée, lui qui avait déjà perdu tant de monde. Sirius avait toujours répugné à parler pour qui que ce soit, lui qui s’était toujours mis en quatre pour échapper à l’influence parentale, mais il ne pu résister cette fois-ci. Il songea à Lily, à la façon qu’elle avait de se blottir contre lui à la nuit tombée, à la détermination dont elle faisait preuve en fermant les yeux, se plongeant dans l’obscurité, là où il était plus simple pour elle de s’imaginer que c’était James qui l’étreignait. Lily qui se jetait presque sur le journal tous les matins pour en lire les grandes lignes, le cœur battant à l’idée d’apprendre que quelque chose était arrivé à son époux. Enfin, il songea au soulagement qu’il lisait dans ses yeux verts chaque fois qu’elle reposait le journal, rassurée pour quelques heures supplémentaires. Oui, bien sûr que Lily l’aimait toujours. « Et elle t’aime aussi. » Il espérait que la certitude qu’il éprouvait en prononçant ses mots parviendrait à James, qu'il n'en douterait pas. « C’est pas la première fois que tu la déçois et ce ne sera sûrement pas la dernière, mais elle t’aime. Ca ne changera pas. » Il espérait que Lily ne lui en voudrait pas plus tard d’avoir ainsi parler en son nom. Enfin, peu importe, pour l’heure il sentait que James avait besoin d’entendre ça et il était bien décidé à lui donner ce qu’il voulait.

Il ne voulait pas le laisser partir. Pas encore une fois. Malgré sa léthargie, une part de Sirius demeurait étonnement alerte. Une émotion viscérale que la présence de son meilleur ami avait ranimé en lui. Il devait le retenir. Il devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour le convaincre. Lily ne pouvait pas le perdre à nouveau et Sirius non plus. Pas encore. « Mais tu ne peux pas continuer comme ça. T’es pas tout seul, James. Tu l’as jamais été et ça aussi ça ne va pas changer. » En parlant, il tâchait de bien planter son regard dans celui de James. Sa voix était un peu pâteuse, mais il y perçait aussi une détermination qui le surprit presque lui-même. Cela faisait un moment maintenant qu’il n’avait plus parler ainsi. Il pouvait presque toucher du doigt la personne qu’il était par le passé. Presque. « Même si je te suivais et tu sais que j’en ai envie, c’est pas un combat qu’on peut mener tout seuls. Lily, Remus… » Ses traits se déformèrent en une légère grimace en prononçant le nom de Lupin. Il avait douté de lui et en éprouvait toujours de la culpabilité. « Ca nous concerne tous. On peut s’en sortir, James. Faut qu’on s’en sorte, mais on le fera ensemble. » Comme toujours. C’était ce qu’ils avaient toujours fait. C’était la leur force. Un groupe soudé. C’était leur faiblesse, aussi. Ils s’étaient laissés endormir, accordant leur confiance à quelqu’un qui ne la méritait pas et ils en avaient payés le prix. Sirius espéra que James ne décèlerait pas l’ombre de doute dans son regard foncé. Il lui fallait le convaincre. « T’en vas pas, James. Ou alors va-t’en, mais pas sans nous emmener avec toi. »

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And if I could tell you one thing It would be: You are never as broken as you think you are. Sure you have a couple of scars, and a couple of bad memories, but then again all great heroes do.
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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Sam 8 Juil 2017 - 17:26


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Sirius comprenait, et James lui en était infiniment reconnaissant pour cela. Il ne lui reprochait pas sa colère, il ne lui reprochait pas son besoin de vengeance. Et même au delà de ça, il partageait avec lui toutes ces choses. Tous ces vices qui les torturaient de l'intérieur, les animaient, tous ces mots qui voilaient leur regard et leur raison. Sirius lui avait manqué, tellement manqué, eux qui n'avaient jamais été séparés plus de quelques jours depuis qu'ils se connaissaient. L'alcool lui montait à la tête et il se laissait aller au rêve, à l'espoir, il se laissait aller à l'imagination d'un monde meilleur et solidaire où la menace des Mangemorts aurait été éradiquée, où il ferait encore parti du bureau des Aurors, entouré de ses camarades de l'extrême, où il serait encore auprès de sa femme, sa divine femme, et de ses meilleurs amis, tenant dans ses bras le corps frêle et juvénile d'un bambin, leur bambin, Harry. Il se laissait aller à cette utopie et ça lui faisait mal, tellement mal, de penser que tout aurait pu bien se passer. Qu'ils auraient pu être heureux, toute leur vie peut-être. Heureux. Aujourd'hui, James se sentait brisé.

Mais Sirius lui en voulait aussi, James ne pouvait pas l'ignorer. Pendant ces trois semaines, la haine du Black s'était avant tout tourné vers le traitre en qui ils avaient un jour eu l'erreur de voir un allié, mais sa déception avait sûrement été pour James. Peut-être que Sirius lui en voulait moins que Lily, l'amertume atténué par ce sentiment de compréhension qu'il éprouvait envers son meilleur ami, mais James le savait, il devrait se racheter, se faire pardonner. Ou du moins ne plus le décevoir, ne plus l'abandonner, s'il voulait le garder à ses côtés. Il ne ressentait d'ailleurs plus cette envie de solitude qui l'avait poussé à quitter leur maison, à s'éloigner de Godric's Hollow et de tous les souvenirs étouffants que leur quartier renfermait, il ne ressentait plus ce besoin de faire bande à part, de se tenir égoïstement à l'écart en pensant qu'il devenait un danger pour ses proches. la vérité lui éclatait aux yeux. Là n'avait pas été la véritable raison de son départ, il devait aujourd'hui se l'avouer. Il avait voulu se venger, seul. Il avait voulu tout faire, seul, égocentrique, voyant là-dedans comme quelque chose de beaucoup trop personnel. Il avait eu tord et l'alcool le lui disait.

Elle t'aime. James releva la tête, les yeux embués par la boisson. C'était comme s'il avait oublié, comme s'il n'en était pas sûr. L'aimait-elle encore, après tant de malheur, tant de chagrin, l'aimait-elle encore, après tant de déception ? Il ne l'avait pas revu depuis trois semaines. Il se doutait bien qu'elle passait le plus clair de son temps hors de leur maison, qu'elle devait fuir à tout prix, et certainement qu'elle venait régulièrement chez Sirius, comme le témoignait le bracelet qu'elle avait oublié sur la table, cherchant du réconfort. Peut-être qu'elle pouvait arriver à tout moment. James n'était pas sûr d'avoir envie de la voir, pas dans cet état, ivre et désabusé. Il ne se sentait pas près à affronter son regard accusateur et sa propre honte. Il se demandait dans quel été d'esprit elle se trouvait. Et si elle était au plus bas, était-il le seul responsable ? Il ne pouvait se résoudre à cette pensée qui le coulait sous la honte et la culpabilité, même si les paroles de Sirius le rassuraient. Il disait à James qu'il n'était pas seul. Il évoquait Lily, Remus... Et ses derniers mots sonnaient comme une demande désespérée, un appel, presque comme une dernière chance. James n'avait pas repris la bouteille et il regardait Sirius la descendre. Peut-être qu'il devrait lui conseiller d'arrêter. Il n'en trouva pas la force. Un silence s'installa. Cela n'avait pourtant rien de gênant entre les deux jeunes hommes. Ils étaient si familiers, l'un l'autre. James planta son regard dans celui de Sirius et il n'y voyait rien d'autre que le reflet de lui-même. La même colère, la même détermination. La même bravoure brisée, dénaturée par le Mal qui rongeait ce monde et ces âmes. La même envie, la même justice. Ils étaient pareils et James savait que Sirius mourrait d'envie de le rejoindre dans sa quête de vengeance, il le savait bien avant que ce dernier n'ait eu besoin de le dire. Il savait qu'il n'avait pas le droit d'abandonner son frère une seconde fois, mais il avait peur. Peur de ce qu'il était, de ce qu'il devenait, et de ce dont il était capable. Il ne voulait pas le leur infliger. Il ne pouvait pas. Nouveau regard. Il se mordait la lèvre nerveusement, à la recherche d'une solution. Il l'avait déjà dit ; il devait y avoir une solution. Finalement, il reprit la bouteille, avala une nouvelle gorgée qui lui brûla la gorge, prit enfin la parole.

- Quelques jours. J'ai juste besoin de quelques jours encore. Déclara-t-il, la tête adossée contre le haut du canapé. Il ferma les yeux, sachant qu'il devait s'expliquer. Je connais quelqu'un... qui pourrait m'aider à trouver Pettigrew. Une amie infiltrée, j'ai confiance en elle. Mais c'est pas évident, ça prend du temps, je suppose. Confia-t-il en pensant à Andrea. Peut-être que Sirius avait deviné de qui il s'agissait, après tout, c'était une amie de James depuis qu'ils étaient enfants. Puis James pensa à Narcissa, l'alliée inattendue. Pouvait-il la décrire de cette manière ? Une amie en qui il pouvait avoir confiance ? Il n'en était pas certain, mais au vue de leur dernière rencontre aux alentours du manoir de la blonde, elle occupait une meilleur place dans l'échelle d'estime de James. Cependant, il se garda de faire part de cela à Sirius pour le moment. Il savait que ce dernier voulait la peau de ce rat plus que tout. Ils ne pouvaient pas passer à côté de cette occasion. Et puis, James avait besoin de se calmer. Rassembler ses esprits, se concentrer sur l'essentiel. Il ne voulait pas se montrer excessif s'il revenait. Sirius comprendrait, du moins il l'espérait. Je... J'arrive toujours pas à croire que ça soit arrivé, qu'il ait pu faire ça... J'veux dire, on était amis, putain, c'est pas rien, "amis". Mon cul. Cracha-t-il en attrapant la bouteille. Se noyer dans l'alcool semblait être la meilleure solution, le meilleur remède, aujourd'hui.

Est-ce que Sirius buvait beaucoup ? Tous les jours peut-être ? James s'en voulait de ne pas être là pour affronter cela avec lui. Et s'il était la cause qui avait déclenché ce penchant pour la boisson ? Et s'il était la cause principale de son malheur ? Cette idée lui brisait le cœur. Il savait que la condition professionnelle de Sirius était compliquée ces derniers temps. James était peut-être parti, il n'en était pas coupé du monde non plus. Il avait vu ce gros titre dans la Gazette. S'en était mordu les doigts.

- J'ai vu, pour ce qu'il s'est passé au bureau. Déclara-t-il presque solennellement. Il pensait à tous ces Aurors, comme Kingsley ou Alastor, ou même encore Hettie, qu'ils avaient certainement déçus de par leurs comportements extrêmes. Est-ce que tu passes vraiment tes journées à te bourrer la gueule, sans déconner ? Demanda-t-il soudain, avant de partir dans un rire presque joyeux, presque vrai, un rire sinistre et sincère, se moquant gentiment du déchet qu'était devenu son meilleur ami. Au fond, il savait qu'il était exactement pareil, qu'il ne valait pas mieux. Mais c'était Sirius et James et c'était leur truc, l'autodérision, comme s'ils ne formaient qu'une seule et unique personne. C'était eux.
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MessageSujet: Re: paraffine (prongs/padfoot)   Dim 9 Juil 2017 - 16:00



paraffine

Peut-être que c’était trop demander, mais non, il voulait croire que non. Qu’il n’exigeait rien d’indécent en suppliant presque James de ne pas reproduire son erreur, car ça en avait été une, incontestablement. Il n’aurait pas dut partir. Il avait obéit à un désir impulsif, prenant une décision ouvertement égoïste et une part reculée de Sirius persistait à le lui reprocher. Il était partagé : il comprenait son meilleur ami tout en regrettant ses choix. A moins qu’il ne soit tout bonnement jaloux, Sirius. Jaloux de ne pas pouvoir en faire autant. Jaloux de ne pas être parti le premier. Il en avait mal de penser ainsi et pourtant, il savait qu’il y avait bel et bien une once de vérité là-dedans. S’il en avait tant voulu à James, c’était aussi car il lui enviait sa réaction purement impulsive. Il avait pris la fuite sans regarder derrière lui alors que Sirius, lui, était resté là, avec un cœur morcelé et un trou béant dans la poitrine. Il avait veillé sur Lily car James n’était pas là pour le faire. Il s’était efforcé de maintenir leur univers debout sans y parvenir cependant. Son état en était la preuve même : Sirius n’était plus que le reflet fantomatique du garçon qu’il avait été par le passé. Il s’était laissé sombrer, s’engageant dans une lutte épuisante visant à garder un contrôle très contestable sur ses émotions. Son acharnement à se maintenir à la surface avait eut l’effet pervers de précipiter sa chute. Comme la vie pouvait être garce. « Quelques jours. J'ai juste besoin de quelques jours encore. » Sirius se mordit la lèvre, écrasé sous le poids de sa propre déception. Quelques jours encore. Il n’était pas sûr de pouvoir demeurer ainsi encore longtemps. Chaque instant passé en ce monde lui faisait l’effet d’une bataille à mener. Il ne vivait plus Sirius, plus vraiment et il était las, épuisé, de se maintenir dans un tel état. « Je connais quelqu'un... qui pourrait m'aider à trouver Pettigrew. Une amie infiltrée, j'ai confiance en elle. Mais c'est pas évident, ça prend du temps, je suppose. » Il ne tiqua même pas sur l'existence d'un possible allié à même de les aider à appliquer leur propre définition de la justice. Ca prend du temps, ce fut tout ce qu'il entendit. Encore du temps. Sans arrêt du temps. Sirius crevait d’envie de crier au monde son impatience. Il en avait assez, vraiment assez d’attendre et il était furieux. Furieux contre tout le monde et furieux contre James. « Comme toujours » lâcha-t-il pour toute réponse sur un ton qui ne manquait pas de trahir sa frustration et la colère dissimulée sous cette dernière. Peut-être son meilleur ami s'attendait-il à plus d'enthousiasme face à l'apparition de ce bref éclat d'espoir. Quoi qu'il en soit, si c'était effectivement le cas, James allait s'en retrouver déçu. Il allait repartir, c'était tout ce que Sirius retenait. Il allait échouer à le garder auprès de lui, encore une fois. Il ne pouvait pas le retenir, pas plus qu'il ne pouvait le suivre ainsi, sur une impulsion. A nouveau, il se retrouvait coincé.

« Je... J'arrive toujours pas à croire que ça soit arrivé, qu'il ait pu faire ça... J'veux dire, on était amis, putain, c'est pas rien, "amis". Mon cul. » Si l'amertume froide de Sirius s'était dirigée sur James après avoir compris que la présence de ce dernier n'indiquait en rien un désir quelconque de sa part de rester, l'allusion faite à Peter ne manqua pas de détourner la trajectoire de sa colère. Pettigrew. Le simple fait d'entendre ce nom lui était tout bonnement insupportable. La simple pensée du traitre lui serrait le coeur. L'idée que Peter respirait encore, que sa vie se poursuivait alors même qu'il avait contribué à prendre celle d'Harry lui était intolérable. « Il le paiera. » Lâcha Sirius, son ton devenu glacial. Il allait s'en assurer lui-même. Il allait retrouver ce rat, où qu'il se soit terré et il allait mettre fin à sa misérable existence. Il avait imaginé la scène des milliers de fois, quand le sommeil fuyait. Des heures durant, il s'était laissé ensevelir sous les fantasmes sanglants, l'obscurité de la nuit l'aidant à s'abandonner à des délires meurtriers. Dans ces moments où ses lèvres se tordaient en un sourire cruel, presque dément, il pouvait imaginer avec une netteté pétrifiante les traits de son ancien ami. Il se l'imaginait, misérable, en train de se tortiller sur le sol alors que Sirius l'accablait de sortilèges interdits avant de mettre un terme à son existence infâme. « Il pensait avoir quelque chose à gagner en nous trahissant, mais il a fait le mauvais choix et il va le comprendre. Il le comprendra quand il perdra la vie de notre propre main. » Il s'en sentait capable, Sirius. Capable de prendre la vie d'un garçon qu'il avait considéré comme un ami durant dix ans. Ce garçon un peu pataud venu se greffer à leur groupe. Cet ami pour lequel Sirius aurait pu mourir de la même façon qu'il n'hésiterait pas à se sacrifier pour James ou Lupin. Cet ami qu'il était désormais bien décidé à achever. Il devait mourir. Il ne pouvait pas en être autrement.

Alors que Sirius ruminait encore sa rage à l'égard de leur ami devenu ennemi, James effectua un brusque virage dans leur conversation. « J'ai vu, pour ce qu'il s'est passé au bureau. » Sortant de la bouche de n’importe qui d’autre, ça pourrait sonner comme un jugement mais ce n'était pas le cas, car il s'agissait de James. C'était James et lui. Lui et James. Et c'était si doux, si familier, si apaisant. Peut-être que tout aurait été différent s’il était resté. Peut-être. Peut-être pas. Il en avait sa claque, Sirius, de penser ainsi. La vie était ce qu’elle était et il ne pouvait rien y changer. Il ne pouvait pas remonter le temps, il ne pouvait pas altérer le passé. Il pouvait simplement tolérer le présent et faire en sorte de se préparer un avenir plus potable. C’était plus facile cependant, de relater le passé et ce même si ça le tuait un peu plus à chaque instant de chaque jour. Il préférait rabâcher sur les évènements passés, Sirius, aussi pénible que cela soit car la simple pensée de son propre futur suffisait à le miner un peu plus encore. Y avait-il seulement un avenir pour lui ? Il respirait toujours, mais à peine. Chaque jour était un nouveau jour de lutte et il en avait sa claque de se battre, Sirius. Il était fatigué, fatigué de lutter contre ses instincts. Il avait juste envie de lâcher prise, de suivre James dans la nuit et de partir à la recherche de ce sale traitre qui avait ravagé son existence. Et peut-être que c’était pas la solution la plus saine, ni la plus mature, ni la plus responsable, mais il n’était pas à ça près, comme James venait de le souligner. Il avait perdu son boulot, foutant en l’air tout ce pour quoi il avait travaillé. Lily se raccrochait à son travail au quotidien, mais Sirius, lui, ne pouvait plus en faire autant. Il  avait perdu ça, se rabattant sur l’alcool au passage. Il n’avait même pas souffert plus que cela lorsqu’il s’était fait viré. Il était trop bourré alors pour prendre véritablement conscience de ce qui s’était passé et il l’était encore. « Ouais, j’ai pas franchement assuré. » C’était là l’euphémisme du siècle. Il n’assurait en rien, Sirius, force était de le constater. Il le savait et James n’était pas franchement mieux dans son genre. Ils faisaient peine à voir, tous les deux. « Est-ce que tu passes vraiment tes journées à te bourrer la gueule, sans déconner ? » Là encore, James ne le jugeait en rien, comme en témoignait son rire. Il se foutait de lui, affectueusement. Il se foutait de lui et il se foutait d’eux. De leur incapacité à gérer ce qui leur était arrivé. Ils n’avaient pas fière allure, non, bien au contraire. Ils étaient bousillés, tailladés. Deux épaves. Sirius se joignit au rire de son ami, un rire rocailleux, enroué, aux airs d’aboiement. Cela ne dura qu’un instant cependant. Le rire mourut sur ses lèvres et il recouvra son sérieux.

« C’est la seule chose que j’ai trouvé. La seule chose qui m’a empêché de partir à ta recherche. » Lâcha-t-il, plantant son regard éprouvé dans celui de son meilleur ami. « C’était pas le meilleur moyen de gérer ça et ça l’est toujours pas, mais ça me permet de tenir. Ca tiens la colère éloignée. » Et il en éprouvait de la colère, tant que cela en était tout bonnement insoutenable. Une rage sourde, démentielle, qui lui déchirait les entrailles. Une rage qu’il sentait encore en cet instant, présence devenue si familière. Une rage dont il aurait tant voulu se débarrasser, mais qui se trouvait désormais profondément enracinée en lui. « Chacun sa façon de faire face » finit-il par lâcher. Lui n’avait guère choisi la meilleure, mais c’était tout ce qu’il avait trouvé. La brulure de l’alcool l’anesthésiait, aussi néfaste qu’elle puisse être pour lui. Un mal pour un autre. Sirius releva la tête en passant une main dans sa chevelure grasse, emmêlée. La crinière sombre et soyeuse si représentative de la famille Black n'était plus qu'un souvenir abstrait en cet instant. « Il fallait que je trouve le moyen de rester fort pour elle. » Pour Lily. « T'étais pas là pour ça. » Bien que Sirius ne désirait en rien se disputer avec son meilleur ami (en partie car une part de lui persistait à craindre qu'il ne s'évapore dans la nuit aussi vite qu'il était apparu quelques minutes plus tôt), il ne pouvait pas dissimuler sa rancune. Il en voulait à James, bien malgré lui. « Je sais que t'as fais ce que tu pensais devoir faire et je sais que tu penses encore que c'est la solution. Ca l'est peut-être. Ca a été dur pour toi de partir, crois pas que je l'ignore, mais je sais pas si t'as conscience de combien ça l'a été pour nous de rester. » Car ils n'avaient pas fuis, eux. Lily, Remus, Sirius. Ils étaient restés, même si ça leur fendait le coeur. Et comme si perdre Harry n'était pas suffisamment accablant, ils avaient aussi dut s'accoutumer à l'absence de James.

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And if I could tell you one thing It would be: You are never as broken as you think you are. Sure you have a couple of scars, and a couple of bad memories, but then again all great heroes do.
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